Le bilan ne cesse de s'alourdir et prend désormais une dimension historique. L'épidémie d'Ebola qui frappe actuellement la République démocratique du Congo est en train de devenir l'une des plus graves jamais enregistrées sur le continent.
Ce jeudi 5 novembre à Addis-Abeba, le directeur général de l' Africa CDC, le Dr Jean Kaseya, a dressé un tableau alarmant avec 10 699 cas confirmés et 5 202 décès à l'échelle du continent.
La RDC porte à elle seule la quasi-totalité du fardeau avec 10 668 cas et 5 198 décès. Le virus s'est propagé dans 67 zones de santé réparties sur huit provinces, dont 51 sont toujours en transmission active. L'Est du pays reste l'épicentre absolu de la crise, puisque l'Ituri et le Nord-Kivu concentrent à eux seuls plus de 94% des cas, une concentration qui rappelle les pires heures des épidémies précédentes où l'insécurité et la mobilité des populations compliquent chaque intervention.
Il s'agit cette fois de la souche Bundibugyo. Moins médiatisée que la souche Zaïre, elle n'en est pas moins redoutable. Identifiée pour la première fois en 2007 en Ouganda voisin, elle se caractérise par une létalité importante et l'absence à ce jour de vaccin homologué spécifique, ce qui rend la riposte encore plus complexe.
Le chiffre qui fait froid dans le dos a été confirmé par l' Africa CDC. À 174 jours de sa déclaration officielle, cette épidémie est deux fois plus importante que celle d'Afrique de l'Ouest de 2014 au même stade. Pour mémoire, l'épidémie qui avait ravagé la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone entre 2014 et 2016 avait fait plus de 11 000 morts au total. La barre est déjà à moitié franchie en moins de six mois, et uniquement en RDC.
Pour l'Africa CDC, ce ne sont plus seulement les chiffres qui inquiètent mais la qualité même de la riposte qui décroche. La surveillance semble s'effondrer puisque plus de 85% des nouveaux cas ne figuraient pas sur les listes de contacts. Le système ne suit plus les chaînes de transmission et le virus circule désormais plus vite que les équipes qui tentent de le tracer.
Dans le même temps, les malades continuent de mourir à domicile. Environ 63% des décès surviennent encore dans la communauté, hors des Centres de Traitement Ebola. C'est le signe que les patients arrivent trop tard ou refusent de s'y rendre par peur, par méfiance ou par manque d'accès. Or chaque décès communautaire reste une source de contamination majeure, notamment lors des rites funéraires.
À cette crise sanitaire et opérationnelle s'ajoute une crise financière. Sur les 3 milliards de dollars promis par les bailleurs internationaux pour financer la réponse, seulement un tiers environ a été effectivement décaissé selon le Dr Kaseya. Un décalage criant entre les annonces et le terrain qui asphyxie les équipes de surveillance, de logistique et de prise en charge.
De Lubumbashi à Bunia, de Goma à Kinshasa, la question n'est plus de savoir si cette épidémie de Bundibugyo va marquer l'histoire sanitaire du pays, mais jusqu'où elle ira si la chaîne de surveillance n'est pas rétablie d'urgence.
Roger AMANI