En République démocratique du Congo, le passé ne semble jamais rattraper ceux qui ont marqué l’histoire par le sang et la controverse. Les figures de l’ancien régime continuent de se recycler dans les institutions, comme si les pages les plus sombres de la mémoire nationale pouvaient être effacées par la simple mécanique politique. Norbert Basengezi Kantitima en est l’illustration parfaite.
Ancien cadre du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), mouvement soutenu par le Rwanda au cœur de la guerre qui a déchiré la RDC entre 1998 et 2003, Kantitima est cité dans le rapport Mapping des Nations Unies de 2010. Ce document, qui recense les violations graves des droits humains commises entre 1993 et 2003, mentionne son nom dans le cadre d’exactions contre des civils dans les zones sous contrôle rebelle. Pour de nombreuses victimes, ce passé reste une plaie ouverte, et voir un tel acteur briguer un poste au sommet du Sénat est une provocation.
De Kabila à Tshisekedi : une continuité troublante
Joseph Kabila, alors président, avait déjà récompensé Kantitima par des postes de grande responsabilité, malgré les controverses. Aujourd’hui, sous Félix Tshisekedi, l’homme tente de poursuivre son ascension politique. Sa candidature au poste de 2e vice-président du Sénat s’inscrit dans une logique de continuité qui interroge : comment un personnage sous sanctions internationales peut-il encore prétendre incarner une institution censée garantir la démocratie et l’État de droit ?
En 2019, le Trésor américain a placé Norbert Basengezi Kantitima sous sanctions pour corruption et détournement de fonds. Washington l’accuse d’avoir utilisé des sociétés écrans pour siphonner les ressources de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), dont il fut vice-président. Des fonds publics auraient été détournés vers des intérêts privés, tandis que des pots-de-vin auraient été versés à des magistrats pour influencer des décisions cruciales, notamment le report des élections de 2016. Ces accusations, documentées, ternissent durablement son image.
Une candidature qui choque
Le samedi 28 mars 2026, Kantitima a déposé son dossier auprès du secrétaire général de l’Union sacrée, la coalition majoritaire qui doit désigner le candidat officiel au poste du 2è vice-président de la Chambre Haute du parlement. Cette démarche suscite l’indignation de nombreux observateurs et acteurs de la société civile. Comment expliquer qu’un homme cité dans des rapports de violations graves des droits humains, accusé de corruption et frappé par des sanctions internationales, puisse encore prétendre à un poste de direction au Sénat ? Pour ses détracteurs, c’est le symbole d’une classe politique qui refuse de se réinventer et qui recycle les figures du passé, quelles que soient leurs casseroles.
Face à ces accusations, les institutions congolaises restent étrangement silencieuses. Ni la justice nationale ni les organes de contrôle n’ont réellement poursuivi Kantitima. Ce mutisme nourrit le sentiment d’impunité et renforce l’idée que les crimes du passé peuvent être effacés par les arrangements politiques du présent. Les victimes, elles, n’ont jamais obtenu justice.
Une mémoire bafouée
La candidature de Kantitima au Sénat ne se limite pas à une simple ambition personnelle; elle pose une question fondamentale sur la mémoire collective et la capacité du Congo à tourner la page de ses guerres.
Peut-on construire une démocratie solide en confiant des responsabilités à ceux dont le passé est entaché de sang et de corruption ? Pour beaucoup, la réponse est non. Mais dans un pays où les alliances politiques priment souvent sur la morale, l’histoire semble se répéter.
Roger AMANI
