Quatre mois après la signature à Washington d’un accord présenté comme historique pour ramener la paix dans l’est de la RDC, les tensions restent vives entre Kigali et Kinshasa. Dans un entretien exclusif, le président rwandais Paul Kagame défend une position intransigeante, rejetant toute responsabilité dans la poursuite de la guerre et accusant ses partenaires de partialité.
La froideur entre les deux chefs d’État, illustrée lors de la cérémonie du 4 décembre 2025, reflète l’impasse diplomatique actuelle. Sur le terrain, les combats entre les FARDC et les rebelles de l’AFC/M23 se poursuivent, tandis que le conflit s’intensifie avec l’usage croissant de drones.
Interrogé sur les sanctions américaines imposées à l’armée rwandaise le 2 mars, Kagame dénonce des « insultes » visant à culpabiliser son pays alors que, selon lui, la racine du problème reste la présence des FDLR, qu’il accuse Kinshasa de soutenir. Il affirme que le Rwanda ne lèvera jamais ses « mesures défensives » tant que cette menace persistera et reconnaît que celles-ci peuvent inclure le déploiement de troupes au-delà de la frontière.
Pour Kagame, le M23 n’est pas un mouvement rwandais mais une force congolaise désormais intégrée à l’AFC, avec laquelle Kigali coordonne certaines actions. Il soutient que la sécurité s’est améliorée dans les zones passées sous leur contrôle, notamment à Goma et Bukavu, contrairement, selon lui, aux zones tenues par les FARDC, où il affirme que les FDLR opèrent librement.
Le président rwandais accuse Félix Tshisekedi de manipuler la question des FDLR, de donner du poids au fils de l’ancien président Juvénal Habyarimana et d’utiliser cette figure pour mobiliser un réseau hostile au Rwanda à l’étranger. Il estime que le Congo n’a jamais respecté les accords régionaux et que la responsabilité du blocage repose entièrement sur Kinshasa.
Kagame minimise l’impact potentiel de nouvelles sanctions occidentales et assure que son pays survivra à toute suspension d’aide internationale, soulignant la résilience du Rwanda depuis le génocide. Il juge injustes les accusations de pillage de minerais et revendique la légitimité du Rwanda à devenir un hub régional pour leur transit.
Sur le plan régional, il reste prudent à l’égard du Burundi et avertit qu’il pourrait retirer ses troupes engagées contre les jihadistes au Mozambique si le financement européen n’est pas reconduit. Concernant l’élection prochaine à la tête de l’OIF, il reconnaît que l’animosité avec Tshisekedi pourrait peser, sans s’en inquiéter outre mesure.
À la question de savoir si un rapprochement avec Félix Tshisekedi est encore possible, Kagame répond qu’il peut attendre indéfiniment ou accepter que cela n’arrive jamais, affirmant être parfaitement à l’aise dans le statu quo actuel. Pour lui, la sécurité du Rwanda prime sur toute considération diplomatique et restera non négociable.
