Alors que les regards sont tournés vers la capitale américaine où un accord de paix entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda est censé être signé dans les prochaines heures, Kigali persiste dans une rhétorique offensive, remettant en question les fondements mêmes de la réconciliation attendue.
Mercredi 3 décembre, dans une déclaration accordée à un média américain, la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, a réaffirmé la position intransigeante de son pays. Selon elle, le Rwanda « reste contraint de prendre des mesures défensives » face à la menace que représenterait la collaboration continue de Kinshasa avec des groupes armés impliqués dans le génocide de 1994. Une accusation récurrente qui, pour Kigali, justifie ses incursions militaires sur le sol congolais.
Cette sortie médiatique intervient dans un contexte diplomatique tendu, alors que les négociations de paix, menées sous l’égide de partenaires internationaux, semblaient ouvrir une brèche vers une désescalade. Pourtant, les propos de Makolo laissent peu de place à l’optimisme. En reprenant les éléments de langage qui structurent la diplomatie rwandaise depuis plusieurs années, Kigali semble camper sur une ligne dure, peu compatible avec l’esprit de compromis que requiert un accord de paix durable.
Kinshasa pointé du doigt
La porte-parole n’a pas manqué de souligner la complexité des dynamiques sécuritaires internes en RDC, marquée par la prolifération de groupes armés aux motivations diverses. « Ces violences relèvent d’abord de problématiques strictement congolaises et n’engagent en rien la responsabilité de Kigali », a-t-elle déclaré, accusant les autorités congolaises de vouloir « détourner l’attention » en imputant au Rwanda l’ensemble des crises qui secouent l’Est du pays.
Alors que la communauté internationale multiplie les appels au dialogue et à la désescalade, la posture actuelle du Rwanda soulève des interrogations sur la sincérité de son engagement dans le processus de paix. Pour de nombreux observateurs, la signature d’un accord à Washington, si elle a lieu, risque de rester symbolique tant que les discours belliqueux prévalent sur les gestes de réconciliation.
Roger AMANI
