L'Assemblée nationale a adopté ce vendredi 6 novembre 2026 une résolution qui propose d'élever cinq figures de l'histoire congolaise au rang de héros nationaux. Il s'agit de la prophétesse Kimpa Vita, du prophète Simon Kimbangu, de Monseigneur Christophe Munzihirwa, d'Étienne Tshisekedi wa Mulumba et de Monseigneur Emmanuel Kataliko.
L'initiative vient des deux chambres du Parlement, présidées par Aimé Boji à l'Assemblée nationale et par Sama Lukonde au Sénat. Elle veut rendre hommage à des personnalités qui ont marqué, chacune à son époque, la vie politique, spirituelle et sociale du pays. Jusqu'à aujourd'hui, la RDC ne comptait que quelques héros nationaux officiellement reconnus, dont Patrice Emery Lumumba et Laurent-Désiré Kabila. Avec ce texte, le Parlement veut montrer que l'histoire du Congo s'est écrite avec des femmes et des hommes venus de toutes les régions, de toutes les confessions et de toutes les générations.
Cinq visages, trois siècles d'histoire
La première figure est Kimpa Vita, aussi appelée Dona Béatrice, née vers 1684 dans le royaume Kongo. À une époque déchirée par les guerres et l'esclavage, cette jeune femme prêche la réunification du royaume et la dignité de son peuple. Son mouvement rassemble des milliers de fidèles. En 1706, à seulement 22 ans, elle est arrêtée, jugée pour hérésie et brûlée vive. Trois siècles plus tard, elle reste le symbole de la résistance féminine et du refus de la soumission.
La deuxième figure est Simon Kimbangu, né en 1887 à Nkamba, dans l'actuel Kongo-Central. Le 6 avril 1921, ce catéchiste se met à prêcher et à guérir des malades. Des foules immenses viennent l'écouter. Son message est simple : la foi, la dignité, le travail et le refus de l'oppression. L'administration coloniale belge l'arrête la même année et le condamne à la prison à perpétuité. Il passera 30 ans en prison à Lubumbashi, jusqu'à sa mort en 1951, sans jamais renier sa foi. Aujourd'hui, l'Église kimbanguiste compte des millions de fidèles à travers le monde.
La troisième figure est Monseigneur Christophe Munzihirwa, archevêque de Bukavu, né en 1926. Dans les années 1990, alors que l'Est du Congo s'embrase, il devient la voix des sans-voix. Il dénonce les massacres, protège les réfugiés et appelle à la paix. Le 29 octobre 1996, alors que Bukavu tombe aux mains des rebelles de l'AFDL, il est assassiné en pleine rue en allant secourir des religieuses en danger.
La quatrième figure est Étienne Tshisekedi wa Mulumba, né en 1932 à Luluabourg, aujourd'hui Kananga. Avocat de formation, il devient l'une des voix les plus fortes de l'opposition à Mobutu. Il fonde l'UDPS en 1982, alors que le multipartisme est interdit, et paie son engagement par des arrestations et l'exil. Pendant plus de 35 ans, il incarne la lutte pour la démocratie et les élections libres. Il meurt le 1er février 2017 à Bruxelles, sans voir son fils Félix Tshisekedi devenir président deux ans plus tard.
La cinquième figure est Monseigneur Emmanuel Kataliko, archevêque de Bukavu, né en 1932. Il succède à Munzihirwa après son assassinat et hérite d'un diocèse en guerre. Comme son prédécesseur, il dénonce l'occupation, les massacres et le pillage des ressources. Il meurt le 4 octobre 2000 à Rome, alors qu'il était venu plaider la cause de l'Est du Congo.
Ces cinq noms couvrent plus de trois siècles d'histoire, du royaume Kongo du XVIIe siècle à la RDC du XXIe siècle. Ils représentent les différentes dimensions de l'identité congolaise : la résistance spirituelle avec Kimpa Vita et Kimbangu, le courage pastoral avec Munzihirwa et Kataliko, et le combat politique avec Tshisekedi. Ils représentent aussi toutes les régions du pays : l'Ouest, le Centre et l'Est.
Il faut le préciser : cette résolution du Parlement est une proposition. Elle ne fait pas encore de ces cinq figures des héros nationaux de plein droit. La procédure doit encore passer par d'autres étapes, notamment l'examen par le gouvernement et la promulgation par le chef de l'État.