Depuis deux jours, la ville d’Uvira, carrefour stratégique entre la RDC et le Burundi, est paralysée par une vague de protestation qui ne faiblit pas. Barricades, ville morte, crépitements de balles: la nomination du général Olivier Gasita par le président Félix Tshisekedi comme commandant régional des renseignements a mis le feu aux poudres dans une région déjà fragilisée par les conflits armés et les tensions communautaires.
Une nomination qui ravive les plaies
Ce jeudi 4 septembre, des manifestants ont érigé des barricades à Kilomoni, sur la route menant vers la frontière de Bujumbura, pour bloquer l’entrée d’une délégation provinciale venue du Burundi.
À l’origine de cette colère: le rejet catégorique du général Gasita, accusé par les groupes d’autodéfense Wazalendo et plusieurs mouvements citoyens d’être un agent de déstabilisation, en raison de son appartenance à l’ethnie Banyamulenge/Tutsi, une communauté souvent perçue, à tort ou à raison, comme liée aux rébellions soutenues par le Rwanda.
Le général Gasita est également accusé d’avoir abandonné des localités stratégiques aux mains du M23, ce qui alimente les soupçons de collusion et de trahison. Sa nomination est donc vécue comme une provocation, voire une menace directe à la sécurité locale.
Une ville en état de siège populaire
Depuis le début de la semaine, Uvira vit au rythme des appels à la ville morte. Les écoles sont fermées, les marchés désertés, les transports à l’arrêt. Les quartiers de Kavimvira, Mulongwe et Kalundu sont plongés dans une paralysie totale. Des tirs ont été entendus dans plusieurs zones, accentuant la peur et la tension.
Les Wazalendo, qui se présentent comme les défenseurs du territoire face aux infiltrations rebelles, refusent catégoriquement de reconnaître l’autorité du général Gasita. Leur opposition est soutenue par des structures citoyennes qui dénoncent une militarisation ethnique de la région et une politique de nomination déconnectée des réalités locales.
Tshisekedi face à un rejet populaire
Selon plusieurs observateurs, la décision présidentielle apparaît comme une erreur stratégique majeure. Dans une province où les équilibres communautaires sont fragiles et les cicatrices du conflit encore béantes, imposer un officier contesté sans concertation revient à jeter de l’huile sur le feu. Le rejet de Gasita n’est pas seulement ethnique: il est politique, sécuritaire et symbolique.
Une fracture institutionnelle qui inquiète
Ce nouvel épisode illustre une fois de plus l’incapacité du pouvoir central à anticiper les conséquences de ses décisions sur le terrain. Alors que le pays est déjà confronté à une guerre ouverte contre le M23, à des tensions diplomatiques avec ses voisins, et à une crise sociale généralisée, Uvira devient le théâtre d’un bras de fer qui pourrait dégénérer.
La question n’est plus seulement celle d’un homme, mais celle d’un système qui impose sans écouter, qui nomme sans consulter, et qui gouverne sans comprendre.
Roger Amani
