Alors que les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) se réunissent ce samedi 07 mars à Arusha pour leur 25e sommet ordinaire, l’absence des présidents congolais et rwandais assombrit les débats et révèle les fractures régionales.
Pendant que l'on s'affaire, à huis clos, à désigner un nouveau président et un secrétaire général, à nommer des juges pour la Cour de justice de la CAE et des commissaires à l'Autorité régionale de la concurrence... l'essentiel se joue ailleurs.
Car au-delà des protocoles et des titres, ce sont les échos lointains des conflits dans l'Est de la RDC, et les accusations déchirantes entre Kinshasa et Kigali, qui accaparent tous les esprits.
Deux chaises vide pour une diplomatie en panne
La RDC est représentée par son ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, tandis que le Premier ministre Justin Nsengiyumva est dépêché pour représenter le président rwandais, Paul Kagame. Ces absences présidentielles sont loin d'être anodines. Elles symbolisent le fossé grandissant entre les deux voisins et la méfiance persistante de Kinshasa envers un bloc régional jugé trop timide face à l'agression rwandaise.
Le président congolais, Félix Tshisekedi, avait déjà marqué son désaveu en s'absentant du 24e sommet en novembre 2024, un geste politique fort face à l'inefficacité perçue de la Force régionale de l'EAC (EACRF), déployée en 2022 et retirée fin 2023 sans avoir pu neutraliser les groupes armés.
Kinshasa accuse, Washington sanctionne
Au cœur de cette discorde, les violents combats dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu opposant l'armée congolaise aux rebelles du M23 ne cessent de faire rage. Kinshasa maintient fermement ses accusations : le Rwanda soutient activement le M23, une affirmation corroborée par plusieurs rapports onusiens et, plus récemment, par les États-Unis.
Juste avant ce sommet, Washington a intensifié la pression sur Kigali. Après avoir sanctionné des officiers de l'armée rwandaise plus tôt cette semaine, les États-Unis ont imposé, le vendredi 06 mars 2025, des restrictions de visa à plusieurs hauts responsables rwandais pour leur rôle présumé dans le soutien au M23. Ces mesures, prises malgré un accord de paix négocié par les États-Unis en décembre 2025.
Le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, a clairement indiqué que ces actions "alimentent la violence et sapent la stabilité" de la région. Kinshasa a salué ces sanctions, les qualifiant de "signal clair" en faveur de la souveraineté de la RDC et encourageant Washington à poursuivre ses démarches.
La riposte de Kigali et l'impasse diplomatique
Cependant, Kigali ne désarme pas. Le gouvernement rwandais a vivement critiqué les sanctions américaines, les jugeant "injustes" et "à sens unique", affirmant qu'elles "déforment la réalité" du conflit. Le président Paul Kagame a d'ailleurs récemment attisé les tensions en accusant Kinshasa de "refuser d’assumer ses responsabilités" et en exigeant des négociations directes avec le M23 pour la paix en RDC, une position inacceptable pour Kinshasa qui considère le M23 comme un groupe terroriste soutenu par le Rwanda.
Cette escalade diplomatique, marquée par des accusations cinglantes et des sanctions internationales, rend d'autant plus ironique le thème officiel du sommet de l'EAC : "Approfondir l’intégration pour améliorer les conditions de vie des citoyens de la CAE". Alors que des avancées économiques, comme la caution douanière unique, sont à l'ordre du jour, la poudrière de l'Est de la RDC continue de menacer la cohésion et la crédibilité de l'organisation.
La communauté internationale, et surtout les millions de Congolais déplacés par les violences, attendent de voir si l'EAC parviendra à concilier ses ambitions économiques avec son impératif de paix et de sécurité.
Roger AMANI
