Le retour à Uvira de plusieurs agents et fonctionnaires de l’État ayant séjourné à Bukavu pendant la période de contrôle de la ville par l’AFC/M23 suscite des interrogations au sein de l’opinion publique du Sud-Kivu. Face à ces préoccupations, le gouverneur Jean-Jacques Purusi Sadiki appelle à éviter tout amalgame entre le fait d’être resté dans une zone contrôlée par la rébellion et une éventuelle collaboration avec celle-ci.
La question a été soulevée par le Mouvement citoyen Machozi ya Rahiya (MCMR), lors d’un échange entre les jeunes du Sud-Kivu et le chef de l’exécutif provincial, organisé le 16 août dernier dans le cadre des activités marquant la Journée internationale de la jeunesse.
Prenant la parole au cours de cette rencontre, le coordonnateur national du MCMR, Dunia Amisi, a demandé des éclaircissements sur la situation des agents de l’administration publique qui, après être restés à Bukavu durant la période de contrôle de la ville par l’AFC/M23, regagnent progressivement Uvira, où les institutions provinciales ont établi leur fonctionnement provisoire.
Selon lui, la situation concerne notamment certains responsables administratifs et chefs de bureaux. Le responsable du mouvement citoyen estime qu’une clarification est nécessaire sur les critères ayant conduit à leur retour et à leur réintégration au sein de l’administration publique.
Cette interpellation s’appuie, selon Dunia Amisi, sur une promesse que le gouverneur aurait faite à la population d’Uvira concernant le remplacement des agents publics demeurés dans les zones contrôlées par la rébellion.
En réponse, Jean-Jacques Purusi Sadiki a appelé à la prudence dans l’appréciation de ces situations. Pour le gouverneur, le simple fait d’avoir vécu ou travaillé dans une zone passée sous contrôle de l’AFC/M23 ne suffit pas à établir une collaboration avec le mouvement rebelle.
« Ne faisons pas l’amalgame. Tous les gens qui sont restés à Bukavu et à Goma ne sont pas des rebelles du M23 », a-t-il déclaré.
Le chef de l’exécutif provincial affirme par ailleurs que les autorités disposent de moyens permettant d’identifier les personnes qui auraient effectivement adhéré à la rébellion. Il indique que certains individus ayant publiquement pris position contre le gouvernement font déjà l’objet de mesures judiciaires ou sécuritaires à Uvira.
Des vérifications avant la reprise du travail
Concernant les fonctionnaires ayant repris leurs activités à Uvira, Jean-Jacques Purusi assure qu’ils n’ont pas été autorisés à réintégrer l’administration sans vérification préalable.
« Celui qui est arrivé et qui a repris son travail ici à Uvira, c’est-à-dire tout simplement que nous avons déjà fait un check-up complet sur lui », a-t-il expliqué.
Pour le gouverneur, les réalités imposées par le conflit doivent être prises en compte dans l’appréciation de la situation des agents publics. Certains fonctionnaires, contraints de rester dans des zones contrôlées par les rebelles, auraient pu y demeurer sans pour autant adhérer à leur mouvement.
Jean-Jacques Purusi estime même que certains de ces agents peuvent, au regard de leur connaissance du terrain, contribuer à la collecte d’informations utiles aux autorités.
Cette mise au point intervient alors que l’administration provinciale du Sud-Kivu poursuit provisoirement ses activités depuis Uvira, dans un contexte marqué par les conséquences de la prise de Bukavu et de plusieurs autres localités de la province par l’AFC/M23.
Le débat met ainsi en lumière un double impératif pour les autorités : assurer la continuité des services publics tout en procédant à des vérifications rigoureuses concernant les agents ayant séjourné dans des zones sous contrôle rebelle.
Pour l’exécutif provincial, la suspicion ne peut toutefois suffire à établir une collaboration avec la rébellion. Toute mise en cause devrait, selon cette logique, reposer sur des éléments permettant de distinguer la contrainte liée au contexte sécuritaire d’un engagement volontaire aux côtés de l’AFC/M23.
Christian Balemba
