La circulation sur plusieurs axes routiers du Sud-Kivu est confrontée à la prolifération des barrières illégales et aux perceptions imposées aux usagers. Dans une correspondance adressée au ministre de la Défense nationale et Anciens Combattants, ce samedi 15 août 2026, le député provincial Amani Katembera Didier appelle à une intervention urgente pour mettre fin à ces pratiques qu’il juge incompatibles avec la mission de protection des populations et de défense du territoire.
Dans cette lettre, dont copie a notamment été transmise au président de l’Assemblée nationale, au ministre de l’Intérieur, au chef d’état-major général des FARDC, au président de l’Assemblée provinciale du Sud-Kivu, au gouverneur de province, au commandant de la 33e région militaire, au commissaire provincial de la Police nationale congolaise ainsi qu’au responsable départemental de l’ANR à Uvira, l’élu affirme avoir saisi à plusieurs reprises les autorités sur cette situation.
Il rappelle notamment ses correspondances des 10 et 22 juin 2026, qui, selon lui, n’ont pas encore permis d’obtenir une amélioration significative sur le terrain.
Des axes routiers transformés en parcours d’obstacles
Selon le député provincial, la route nationale numéro 5 (RN5), entre Kamanyola, Uvira et Baraka, est aujourd’hui jalonnée de nombreuses barrières où les voyageurs seraient régulièrement contraints de verser de l’argent à chaque passage.
Amani Katembera évoque près d’une dizaine de barrières sur cet axe et dénonce des perceptions qui alourdissent directement le coût du transport et, par conséquent, celui des biens de première nécessité.
La situation ne serait pas limitée à la RN5. Sur l’axe Kasika-Kamituga, la multiplication des barrières est décrite dans la correspondance comme un véritable « calvaire » pour les populations, les commerçants, les transporteurs et les producteurs agricoles.
Des informations recueillies auprès des usagers, écrit encore l’élu, indiqueraient que ces postes de contrôle seraient principalement tenus par certains éléments des forces de défense locale, notamment les Wazalendo, ainsi que par quelques éléments incontrôlés des FARDC.
Le député précise toutefois que sa dénonciation ne constitue pas une remise en cause du rôle des forces engagées dans la défense du territoire.
La mission de défense nationale ne saurait justifier les perceptions
Dans sa correspondance, Amani Katembera reconnaît le rôle joué par les forces de défense ainsi que les sacrifices consentis quotidiennement pour assurer l’intégrité territoriale de la République.
Mais, ajoute-t-il, la mission de défense nationale ne peut servir de justification à des pratiques assimilées à des perceptions illicites, des intimidations ou des traitements dégradants envers des populations déjà durement éprouvées par les années de conflit.
Pour l’élu, ces barrières constituent désormais un obstacle majeur à la libre circulation des personnes et des biens. Elles renchérissent le transport, ralentissent les échanges commerciaux et aggravent, selon lui, la précarité économique des ménages.
Dans une province où les populations supportent déjà le poids des déplacements, de l’insécurité et de la fragilité des infrastructures, chaque paiement imposé au bord d’une route représente une charge supplémentaire pour des familles aux ressources limitées.
Un risque pour la confiance entre l’État et les populations
Amani Katembera estime également que la persistance de ces pratiques risque de compromettre les efforts engagés par les autorités pour restaurer l’autorité de l’État et rétablir la confiance entre les institutions publiques et les citoyens.
Selon lui, les populations civiles doivent percevoir concrètement la présence de l’État comme un facteur de protection et non comme une source supplémentaire de souffrance.
Cette alerte intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu au Sud-Kivu, où la circulation des personnes et l’accès humanitaire restent difficiles dans plusieurs zones.
Cinq mesures réclamées au ministre de la Défense
Face à cette situation, l’élu provincial sollicite l’implication personnelle du ministre de la Défense nationale et Anciens Combattants afin que des instructions fermes soient données aux responsables militaires compétents.
Il demande notamment le démantèlement immédiat des barrières illégales établies sur les axes Kamanyola-Uvira-Baraka et Kasika-Kamituga ; la fin définitive des perceptions illicites imposées aux usagers ; l’identification et la sanction, conformément à la loi, des auteurs de ces pratiques, quels que soient leur qualité ou leur appartenance ; le renforcement du contrôle hiérarchique et de la discipline au sein des unités déployées dans ces zones ; ainsi que la garantie que les dispositifs de sécurité poursuivent exclusivement des objectifs de protection des populations et de défense du territoire national.
Pour Amani Katembera, une réponse rapide des autorités permettrait non seulement de soulager les populations du Sud-Kivu, mais aussi de restaurer la crédibilité des institutions chargées de la défense et de consolider l’autorité de l’État.
La question des barrières routières n’est toutefois pas nouvelle dans la province. Des organisations de la société civile ont déjà dénoncé, sur plusieurs axes du Sud-Kivu, la présence de nombreux postes de contrôle assortis de perceptions imposées aux voyageurs et aux transporteurs.
Pour le député provincial, l’enjeu dépasse donc la simple question des barrières. Il concerne directement la libre circulation des personnes et des biens, le respect des droits des usagers de la route et la relation de confiance entre les populations et les services de l’État.
