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SÉCURITÉ
Christian Balemba, correspondant au Sud-Kivu

Publié le Dimanche 13 septembre 2026

Nombre de lectures: 32

Sud-Kivu : les barrières des Wazalendo sur la RN5 compliquent les déplacements entre Luvungi et Uvira

La reprise de la circulation sur la route nationale numéro 5 (RN5), entre Luvungi et Uvira, dans la plaine de la Ruzizi, s’accompagne de nouvelles difficultés pour les voyageurs. Depuis le retrait de l’AFC/M23 et la reprise de cet axe par les forces favorables au gouvernement, plusieurs usagers dénoncent la multiplication des points de contrôle, notamment ceux tenus par des combattants Wazalendo, ainsi que les sommes qui seraient exigées à certains endroits.

Long d’environ 60 kilomètres, l’axe Luvungi-Uvira est stratégique pour les populations de la plaine de la Ruzizi. Il est notamment emprunté quotidiennement par des commerçants, étudiants, enseignants, familles et personnes se rendant vers le Burundi voisin.

Mais depuis la reprise des activités sur cette route, des voyageurs font état de prélèvements successifs au niveau de différents points de contrôle. Les montants rapportés varient selon les témoignages et pourraient atteindre plusieurs dizaines de milliers de francs congolais pour un même trajet.

Certains usagers affirment également avoir été intimidés ou maltraités après avoir contesté ces paiements présumés.

Pour plusieurs habitants, ces prélèvements contribuent à augmenter considérablement le coût du déplacement. Un voyageur cité par nos confrères de DeboutRDC affirme ainsi qu’un trajet qui lui coûtait auparavant environ 25 000 francs congolais peut désormais lui revenir jusqu’à 100 000 francs, en tenant compte des différents frais et sommes réclamées en cours de route.

La situation affecte particulièrement les personnes qui dépendent de cet axe pour leurs activités quotidiennes, notamment les petits commerçants, les étudiants, les enseignants, les familles endeuillées et les personnes nécessitant des soins médicaux.

Face à ces dénonciations, le député provincial Jackson Kalimba, élu de Bukavu, appelle les autorités à agir.

« On ne peut pas sécuriser la population en l’appauvrissant », déplore-t-il, affirmant que plusieurs barrières seraient érigées sur cet axe par des éléments des FARDC et des Wazalendo, avec des sommes réclamées aux passagers.

L’élu dit avoir saisi le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, afin de solliciter la suppression des postes où des paiements seraient imposés, tout en préservant ceux jugés nécessaires pour assurer la sécurité des voyageurs.

Au-delà de l’impact économique, certains témoignages font état de situations qui auraient eu des conséquences particulièrement graves.

Le 4 août 2026, deux nouveau-nés prématurés seraient décédés alors qu’ils étaient transportés dans une ambulance de l’Hôpital général de référence de Lemera. Selon André Byadunia Mashaka, acteur de la société civile d’Uvira, le véhicule, en provenance de Luvungi, aurait été immobilisé à Kigwena par deux hommes présentés comme des Wazalendo.

Une altercation aurait alors opposé les deux hommes au chauffeur de l’ambulance, occasionnant un retard dans l’acheminement des nouveau-nés vers l’hôpital de Lemera. Les deux enfants seraient décédés durant cet incident, selon le récit relayé sur les réseaux sociaux et consulté par DeboutRDC.

Des éléments des FARDC seraient ensuite intervenus pour maîtriser les deux hommes et les conduire à Lemera.

Ces faits, qui restent à confirmer officiellement, soulèvent la question de la coordination des contrôles sur un axe où circulent également des ambulances et des personnes particulièrement vulnérables.

De leur côté, certains responsables Wazalendo justifient l’existence de ces postes par des difficultés liées à leur prise en charge.

Dans une vidéo consultée par DeboutRDC, le général autoproclamé Mzalendo Alexis Mwamba Dunia reconnaît la présence de plusieurs barrières sur la RN5. Il affirme que 19 postes avaient initialement été installés et que 15 auraient par la suite été supprimés.

Selon lui, les quatre postes maintenus serviraient notamment à soutenir différentes structures Wazalendo présentes sur l’axe Luvungi-Uvira.

Le responsable évoque également l’insuffisance, selon lui, des approvisionnements et de l’assistance du gouvernement. Il affirme que les combattants auraient bénéficié auparavant de vivres et d’autres formes d’appui, mais que cet accompagnement ne serait plus assuré au même niveau.

Ces explications suscitent toutefois des interrogations parmi les acteurs de la société civile, notamment sur la légalité de prélèvements imposés aux civils pour assurer le fonctionnement de groupes armés engagés aux côtés des forces régulières.

Dans une correspondance adressée au ministre national de la Défense, la structure « Jeunes Nous Pouvons » alerte également sur les difficultés rencontrées par les voyageurs reliant Uvira à Bukavu.

Elle affirme que certains passagers seraient contraints de verser plusieurs milliers de francs congolais à différents postes de contrôle et que des voyageurs auraient même été bloqués pendant plusieurs jours à Luvungi avant de pouvoir poursuivre leur route.

Pour les organisations de la société civile, ces pratiques doivent faire l’objet d’une intervention urgente des autorités afin de garantir la libre circulation des personnes et d’éviter de nouvelles tensions.

La question des barrières sur la RN5 intervient dans un contexte particulièrement fragile, alors que les populations de la plaine de la Ruzizi et d’Uvira tentent de reprendre une vie normale après plusieurs mois de conflit et de déplacements.

La présence de plusieurs hommes armés sur cet axe, les accusations de prélèvements et les témoignages faisant état d’intimidations alimentent les inquiétudes sur les conditions de déplacement des civils.

Les autorités provinciales et nationales sont ainsi appelées à clarifier le statut des différents postes de contrôle, leur mission, leur chaîne de commandement ainsi que les éventuels paiements qui y seraient exigés.

La sécurisation des routes demeure indispensable dans cette région, mais elle ne devrait pas se traduire par des tracasseries ou des prélèvements imposés aux populations civiles.

Sur la RN5, l’enjeu dépasse donc la simple question du nombre de barrières entre Luvungi et Uvira. Il s’agit également de garantir aux habitants le droit de circuler librement, de travailler, d’étudier et d’accéder aux soins dans des conditions sûres et dignes.

Christian Balemba

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Christian Balemba, correspondant au Sud-Kivu

Publié le Dimanche 13 septembre 2026

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