La province du Sud-Kivu a connu, au mois de septembre 2025, une détérioration critique de sa situation sécuritaire et sanitaire. Selon le dernier rapport du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), cette crise s'est traduite par des déplacements massifs de population et une recrudescence d’épidémies meurtrières. Les territoires de Walungu, Shabunda, Uvira, Fizi et Mwenga sont les épicentres d’une crise humanitaire multifacette qui exige une intensification urgente des réponses.
Le mois de septembre a été marqué par une vague de violents affrontements entre groupes armés, forçant des dizaines de milliers de personnes à fuir leurs foyers, comme le confirme le rapport d'OCHA.
Le territoire de Walungu a été profondément touché par les violences dans les groupements de Kaniola et Mulamba. Entre le 21 et le 26 septembre, environ 3 212 ménages déplacés sont arrivés dans la localité de Luntukulu, fuyant la violence. Des menaces directes de groupes armés contre les enseignants dans les groupements de Kamisimbi et Karhongo ont entraîné la fermeture de 31 écoles, privant brutalement plus de 10 000 enfants de l’accès à l’éducation.
Le territoire de Shabunda n’a pas été épargné. Des affrontements armés survenus entre le 15 et le 17 septembre dans le village de Lusenge ont eu des conséquences tragiques. Deux civils ont été tués et trois autres blessés, avec des pillages de biens. Au moins 1 037 ménages de Lusenge et des environs ont dû fuir vers les localités voisines ou la brousse. Une recrudescence des attaques et embuscades a engendré de graves violations des droits humains, incluant des viols, tortures et extorsions commises par des groupes armés.
La situation à Uvira a été caractérisée par des tensions persistantes et des affrontements armés qui ont causé la mort de deux civils le 27 septembre. Des combats les 5 et 6 septembre ont été particulièrement dévastateurs, entraînant. Le déplacement de plus de 4 200 ménages vers le nord de la ville (Kiliba, Sange, Luberizi, Luvungi).
L’intensification des affrontements entre groupes armés dans les territoires de Fizi et Mwenga a encore aggravé la situation. Selon OCHA, une évaluation rapide menée par l’ONG HEKS/EPER du 11 au 17 septembre a dénombré près de 39 800 personnes déplacées (soit 6 633 ménages) vivant dans des conditions extrêmement précaires. Ces populations ont des besoins urgents en vivres, abris, et services essentiels.
Triple Pression Épidémique : Choléra, Mpox et Rougeole
Le rapport d'OCHA confirme qu'en parallèle de la crise sécuritaire, la province fait face à une triple menace épidémique persistante, mettant sous pression le système de santé.
Mpox compte 1 370 nouveaux cas en septembre, dont le total annuel est de 17 722 et 18 décès. Parmi les zones les plus touchées on retrouve : Miti-Murhesa, Nyangezi, Uvira, Kadutu, Kalehe (34 ZS touchées). Choléra, pour sa part, s'est élevé à 1 550 nouveaux cas, avec un total annuel de 9 946 dont 69, dans les zones de Minova, Katana, Ibanda, Kalehe, Miti-Murhesa, Fizi, Nundu, Uvira. Enfin, la Rougeole compte 1 330 nouveaux cas dont 6 605 pour l'année et 152 décès, dans les zones de Kalole, Kitutu, Nyangezi, Bunyakiri, Minova, Kamituga.
La riposte est coordonnée par la Division Provinciale de la Santé (DPS) avec l’appui des partenaires, concentrée sur la désinfection, la sensibilisation communautaire et le renforcement des mesures d'hygiène.
Malgré les défis, les acteurs humanitaires ont intensifié leurs interventions durant le mois de septembre, comme le détaille le rapport :
Nutrition : Le Cluster Nutrition a pris en charge 17 392 enfants atteints de malnutrition aiguë sévère (MAS) et 1 730 atteints de malnutrition aiguë modérée (MAM), ainsi que près de 9 629 femmes enceintes et allaitantes (FEFA) souffrant de MAM. Des formations (PCIMA, SONU B) et des sensibilisations ont été menées.
Santé Reproductive : L'UNFPA a coordonné la distribution de 170 kits post-viol et des intrants de Planification Familiale (PF). Cependant, 14 zones de santé sont toujours en rupture de kits post-viol, soulignant un besoin crucial.
Assistance Alimentaire : Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a distribué des vivres à plus de 100 000 personnes vulnérables (déplacées, retournées et familles d’accueil) dans les zones de Kalehe et Walungu.
Relance Agricole : La FAO et d'autres ONG ont distribué des outils aratoires et des semences à plus de 8 800 ménages pour la relance agricole d’urgence.
Assistance Financière : L’ONG ACTED, grâce au financement de FCDO, a fourni une assistance financière à 465 ménages à Uvira. Au total, près de 4 465 personnes ont bénéficié d’une assistance financière ou d’intrants agricoles dans les territoires de Kalehe, Uvira et Walungu, visant à renforcer la résilience des populations.
Par ailleurs, selon l'OCHA, la persistance des conflits armés et des crises sanitaires au Sud-Kivu impose aux autorités et aux partenaires humanitaires un redoublement d’efforts pour protéger les populations civiles, garantir l'accès à l'éducation et aux soins, et assurer une assistance vitale aux dizaines de milliers de personnes déplacées.
Stony Mulumba Sha Mbuyi
