Dans le territoire de Kalehe, au Sud-Kivu, de nombreuses adolescentes déplacées par les conflits armés, ainsi que des jeunes filles des communautés qui les accueillent, rencontrent des difficultés pour obtenir des informations fiables sur leur santé sexuelle et reproductive. Le silence au sein des familles, le manque d’espaces de sensibilisation et les conditions de vie précaires les exposent notamment aux risques de grossesses précoces et d’infections sexuellement transmissibles.
À Bunyakiri, cette réalité concerne plusieurs jeunes filles vivant dans les sites de déplacement. Neema, âgée de 15 ans et installée sur le site de Rambo, explique qu’elle manque d’informations sur les changements liés à la puberté, alors qu’elle a commencé à avoir ses règles depuis deux ans.
« En tant qu’adolescente, j’éprouve de sérieuses difficultés d’accès aux informations sur la sexualité. Ici, au camp, nos parents n’abordent jamais ce sujet, alors je ne sais pas vers qui me tourner », témoigne-t-elle.
La situation de Fadhili, 16 ans, originaire de Lumbishi, illustre également ce manque d’encadrement. En l’absence d’un espace adapté où les adolescentes peuvent poser leurs questions et recevoir des conseils, elle est obligée de se renseigner auprès de ses amies plus âgées, qui ne disposent pas toujours des bonnes informations.
Au manque d’informations s’ajoutent les problèmes matériels auxquels sont confrontées les adolescentes déplacées. L’accès aux produits d’hygiène menstruelle reste particulièrement difficile pour certaines d’entre elles.
Fadhili déplore notamment l’insuffisance de bandes hygiéniques et les conditions sanitaires précaires dans les lieux d’hébergement. Elle explique que plusieurs filles sont parfois contraintes de partager un même seau, une situation qui soulève des inquiétudes en matière d’hygiène et de santé.
Le silence autour de la sexualité s’explique en partie par les habitudes culturelles et les croyances familiales. Jean-Paul Birindwa, parent dans la région, estime que certaines familles évitent d’aborder ces questions avec leurs enfants avant l’âge de 18 ans, considérant que ces discussions ne sont pas adaptées aux jeunes.
Il souligne que cette réserve est profondément ancrée dans certaines traditions africaines, où la sexualité demeure un sujet difficile à évoquer entre parents et enfants.
Une position que ne partage pas Simon Mihona, responsable du Club des filles reporters. Selon lui, priver les adolescents d’informations appropriées ne les protège pas nécessairement. En l’absence d’un accompagnement sérieux, ils peuvent chercher des réponses auprès de leurs amis, sur les réseaux sociaux ou auprès de personnes qui ne maîtrisent pas suffisamment ces questions.
Cette situation peut entraîner la circulation d’informations erronées ou incomplètes sur les menstruations, la contraception, les infections sexuellement transmissibles, les grossesses précoces et la prévention des violences sexuelles.
Au-delà de l’information, l’accès aux services de santé de la reproduction constitue un autre défi pour les adolescentes déplacées.
Le docteur Mabuya Mwarabu-Freddy, médecin à l’Hôpital général de référence de Bunyakiri et point focal en santé de la reproduction, explique que les déplacements provoqués par les conflits armés fragilisent davantage l’accès aux soins.
Parmi les difficultés qu’il relève figurent le manque de ressources financières, l’éloignement des structures sanitaires, l’insuffisance d’informations, la peur d’être stigmatisées et les problèmes liés à la sécurité. La préservation de la confidentialité représente également une préoccupation pour les jeunes filles qui souhaitent consulter.
Face à cette situation, l’administration du territoire de Kalehe affirme avoir engagé certaines actions de sensibilisation. L’administrateur du territoire, maître Thomas Bakenga, évoque notamment des contacts avec une radio locale pour organiser des émissions consacrées à la santé de la reproduction.
Il mentionne également la redynamisation du service Genre, Famille et Enfant et la collaboration avec le Club des filles reporters afin de mobiliser et d’informer les adolescentes.
Toutefois, ces efforts restent limités par l’insuffisance des ressources disponibles. L’autorité reconnaît que les initiatives en cours ne permettent pas encore de répondre à tous les besoins, particulièrement en matière de prise en charge.
Devant l’ampleur des difficultés, Francine Serubungo, membre de l’organisation Action pour les droits solidaires (ADS), invite le gouvernement congolais à renforcer son intervention en faveur des adolescentes déplacées.
Elle plaide pour un accès plus facile aux services de santé et pour la mise en place de programmes d’information adaptés à l’âge et aux besoins des jeunes filles. Selon elle, ces actions sont indispensables pour prévenir les grossesses non désirées, les infections sexuellement transmissibles et les complications pouvant contribuer à la mortalité maternelle.
Dans un contexte marqué par les déplacements de populations et la précarité, l’accès à une information fiable, à des produits d’hygiène et à des soins confidentiels demeure ainsi un besoin essentiel pour les adolescentes de Kalehe.
Bubasha Djuma Bob
