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EXPRESS

Publié le Mardi 12 août 2025

Nombre de lectures: 1464

Tshikapa : Un prêtre catholique démissionnaire fonde une « église ancestrale »

*Entre révolte théologique et rupture historique, un scandale ecclésiastique sans précédent

C’est un séisme spirituel qui vient de frapper le Kasaï, et dont les répliques pourraient ébranler bien au-delà les fondements de l’Église catholique en Afrique. L’Abbé Ntumba Muena Muenza, prêtre octogénaire au parcours jusqu’ici irréprochable, a annoncé le vendredi 8 août la création d’une nouvelle église à Tshikapa, se réclamant d’une « inspiration africaine et ancestrale ». Une déclaration qui sonne comme un acte de défiance envers Rome, un coup de machette théologique dans les racines mêmes de cinq siècles d’évangélisation du continent.

Une apostasie déguisée en révolution culturelle ? Après cinquante ans de sacerdoce sous l’autorité du diocèse de Luebo, l’Abbé Muena Muenza clame avoir « rompu les chaînes du néocolonialisme religieux ». Dans un discours enflammé devant une assistance médusée, il a fustigé « l’impérialisme spirituel de l’Occident », accusant l’Église catholique d’avoir « mutilé l’âme africaine » en imposant une vision eurocentrée de la foi. « Nous avons adoré un Dieu peint en blanc, enseigné par des hommes qui méprisaient nos ancêtres », a-t-il tonné, avant d’annoncer l’ouverture immédiate de son propre sanctuaire.  

Les termes employés sont lourds de sens : « décolonisation mentale », « réhabilitation des spiritualités ancestrales », « libération théologique ». Un lexique qui rappelle moins les encycliques pontificales que les manifestes des mouvements panafricanistes des années 1960. L’Abbé, pourtant formé dans les séminaires les plus orthodoxes, se présente désormais en gourou d’une foi syncrétique, mêlant, selon ses détracteurs, « paganisme et christianisme dévoyé ».  

Rome sous le choc : entre silence gêné et risques de schisme

À ce jour, le Vatican n’a émis aucun commentaire officiel. Pourtant, les implications sont colossales : un prêtre en règle, jouissant d’une respectabilité certaine, vient de franchir la ligne jaune de l’hérésie. Certains évêques congolais, sous couvert d’anonymat, parlent déjà d’une « trahison » et d’un « danger pour l’unité de l’Église ». D’autres, plus prudents, évoquent une « crise identitaire prévisible » dans une Afrique tiraillée entre tradition et modernité.  

Le diocèse de Luebo, lui, semble paralysé. Aucune mesure disciplinaire n’a encore été annoncée contre l’Abbé Muena Muenza, bien que son initiative constitue une violation flagrante du droit canonique (canon 1364 sur l’apostasie). Ce silence coupable alimente les spéculations : crainte d’un mouvement de sympathie envers le vieux prêtre ? Calcul politique pour éviter un scandale médiatique ?  

Une « église noire » : projet émancipateur ou repli identitaire ?

L’Abbé insiste : son combat est celui de « l’homme noir devant Dieu ». Mais derrière cette noble intention se cachent des ambiguïtés troublantes. Son église, dépourvue de toute structure reconnue, promet des rites « purifiés de l’influence gréco-romaine ». Qu’entend-il par là ? Abandon du Credo ? Réintroduction de cultes aux ancêtres ? Utilisation de symboles précoloniaux ? Les fidèles, eux, semblent partagés entre enthousiasme et perplexité.  

« C’est un retour à nos racines », s’exclame un habitant de Tshikapa. « Mais jusqu’où ? », rétorque une universitaire en théologie, craignant une « folklorisation de la foi ». La ligne est mince entre la réappropriation culturelle et la rupture dogmatique.

S’il est légitime de questionner l’héritage colonial des Églises africaines, la méthode de l’Abbé Muena Muenza relève de la provocation stérile. En fondant sa propre communauté, il ne libère pas les consciences, il les divise. Son geste, romantique en apparence, risque d’ouvrir la boîte de Pandore des revendications identitaires au sein du christianisme. Épilogue tragique ou renaissance ? L’histoire jugera.

Stony Sha Mbuyi

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Publié le Mardi 12 août 2025

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1 Commentaire

Jean Claude Kathingu 2025-08-17

Nous sommes obligés de retourner vers nos ancêtres

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