Un drame insoutenable a secoué la ville de Tshikapa, chef-lieu du Kasaï. Dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22 février 2026, une adolescente de 13 ans, Jina Mujinga, élève de 6ᵉ année primaire à l’EP Mbimbi, a perdu la vie sous les coups de son propre père. Motif : la disparition de 2 000 francs congolais au domicile familial.
Selon des témoins, la scène s’est déroulée sur l’avenue de la Mosquée, dans la commune de Kanzala. Vers deux heures du matin, le père, furieux, s’en est pris à sa fille. Les coups ont duré près de deux heures. « Vers 2 heures du matin, il a commencé à la frapper. Les coups ont continué jusqu’aux environs de 4 heures », rapporte un habitant du quartier Kanangayi. À l’aube, la jeune Jina était morte.
Une communauté sous le choc
La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre, provoquant colère et indignation dans le quartier. Les voisins parlent d’un père connu pour sa sévérité, mais jamais ils n’auraient imaginé qu’une dispute autour de 2 000 FC, l’équivalent d’un pain et d’un sachet de lait, puisse se transformer en tragédie. « C’est inacceptable, c’est barbare », lâche une voisine, les larmes aux yeux.
Le prix de l’impunité
Ce drame met en lumière une réalité brutale : la banalisation de la violence domestique et l’absence de protection des enfants. Dans une société où l’autorité parentale est souvent confondue avec la brutalité, les plus vulnérables paient le prix fort. Ici, c’est une adolescente, promise à l’avenir, qui a été sacrifiée sur l’autel de la colère et de l’irresponsabilité.
Au moment où nous mettons sous presse, les autorités locales n’ont pas encore communiqué officiellement sur l’affaire. Mais dans les rues de Tshikapa, la population réclame des comptes. « Il doit répondre devant la justice. Ce n’est pas seulement une affaire de famille, c’est un crime », martèle Samuel Senga, activiste des droits de l'homme.
Au-delà du fait divers, ce meurtre révèle une fracture sociale profonde. Comment un père peut-il ôter la vie de son enfant pour une somme dérisoire ? Comment une communauté peut-elle rester spectatrice de violences répétées sans alerter ? Tshikapa, comme tant d’autres villes du pays, est confrontée à une spirale de pauvreté, de frustrations et d’impunité qui transforme les foyers en champs de bataille.
La mort de Jina Mujinga n’est pas seulement une tragédie familiale. Elle est un signal d’alarme. Elle rappelle l’urgence de renforcer la protection des enfants, de responsabiliser les parents et de briser le silence autour des violences domestiques. Car derrière chaque porte close, combien d’autres drames se préparent ?
Roger AMANI
