En l'espace d'un peu plus d'un mois, l'agenda du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo s'est transformé en un véritable marathon aérien. Un rythme soutenu qui a vu le chef de l'État enchaîner les pistes d'atterrissage à l'intérieur du pays comme à l'étranger, au point de passer davantage de temps en vol qu'au Palais de la Nation.
Tout débute à la fin du mois de juillet dans le Grand Katanga. C'est d'abord Kamina qui l'accueille, avant un séjour prolongé de plusieurs jours à Kanyama Kasese, un passage inhabituellement long qui tranche avec ses visites éclairs habituelles. Le premier août, le cap est mis sur Lubumbashi, capitale cuprifère et carrefour politique majeur.
À partir de la mi-août, la séquence change de dimension et prend un virage résolument diplomatique. Le Président s'envole d'abord pour Libreville où il s'entretient pendant quarante-huit heures avec son homologue gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema autour du renforcement de la coopération bilatérale. À peine rentré, il remet le cap sur Zanzibar pour une première escale tanzanienne de deux jours.
La fin du mois d'août le ramène au cœur du pays, à Mbuji-Mayi, son fief du Kasaï-Oriental, pour une visite de quarante-huit heures à forte portée symbolique. Mais le répit est de courte durée. Dès le trente-et-un août, il est à Jérusalem à l'invitation d'Isaac Herzog. Il s'agit de son second voyage officiel en Israël après celui de 2021, une visite de travail axée sur le partenariat économique et sécuritaire où il a également porté la voix de la RDC sur la situation dans l'Est du pays.
Le périple se poursuit sans temps mort vers São Tomé-et-Príncipe pour un nouveau séjour de deux jours dans le Golfe de Guinée. Le cinq septembre, c'est en Angola qu'il atterrit, plus précisément dans la province du Cunene, à l'invitation de João Lourenço, pour assister à l'inauguration de deux grands barrages destinés à lutter contre la sécheresse, un modèle dont Kinshasa dit vouloir s'inspirer. Enfin, le huit septembre marque son retour à Zanzibar, bouclant ainsi une boucle d'un mois d'itinérance permanente.
Derrière cette agitation se dessine une double stratégie. Sur le plan intérieur, l'insistance sur Kamina, Kanyama, Lubumbashi et Mbuji-Mayi apparaît comme une opération de reconquête politique du Sud, entre vitrine du Service National et réponse à une grogne sociale persistante. Sur le plan extérieur, l'enchaînement du Gabon, de la Tanzanie, d'Israël, de São Tomé et de l'Angola traduit une volonté d'offensive diplomatique tous azimuts, touchant à la fois l'Afrique centrale, australe, de l'Est et le Moyen-Orient.
Reste que ce ballet incessant interroge. Si le rayonnement international est assumé, il coïncide avec une accumulation de dossiers sensibles sur le front intérieur, de la situation sécuritaire toujours volatile à l'Est à la pression sociale et à la rentrée parlementaire qui s'annonce tendue. Entre quête de visibilité et pilotage des affaires courantes, le curseur des priorités présidentielles fait débat.
Roger AMANI
