Le paysage politique congolais autour du président Félix Tshisekedi connaît une transformation spectaculaire. Avec la récente « chute » de Modeste Bahati Lukwebo, figure jadis influente, la question se pose : le chef de l'État s'isole-t-il progressivement de ses principaux alliés pour mieux consolider son pouvoir, à l'approche des élections de 2028 ?
En seulement sept ans, depuis son accession à la présidence, de nombreuses figures majeures qui ont jalonné son parcours politique se sont éloignées ou ont été écartées. De l'ancien président Joseph Kabila, dont l'alliance avait été rompue de manière retentissante début 2021, à Jean-Marc Kabund, en passant par Vital Kamerhe, et même Moïse Katumbi (bien qu'il ait fait partie de l'opposition ayant tenté de former un front uni), le cercle rapproché de Tshisekedi s'est considérablement resserré.
Le départ de Bahati et ses implications
Le récent départ de Modeste Bahati Lukwebo de son poste de deuxième vice-président du Sénat, dans un contexte de critiques sur d'éventuelles révisions constitutionnelles, illustre cette tendance. Bahati, qui avait pourtant été un architecte de « l'Union Sacrée » du président Tshisekedi, s'est retrouvé sous le feu des critiques pour ses prises de position sur la Constitution. Son maintien au sein de l'Union sacrée, malgré les turbulences, montre la complexité des allégeances dans la sphère politique congolaise.
Bemba, le dernier des Mohicans ?
Aujourd'hui, Jean-Pierre Bemba semble être l'un des rares partenaires politiques encore solidement alignés avec le président. Nommé vice-Premier ministre et ministre de la Défense en mars 2023, son rôle s'est renforcé, allant jusqu'à « recadrer » en interne les voix discordantes au sein de son propre parti, le MLC. Bemba et Kamerhe ont été perçus comme des poids lourds apportant une assise à la coalition du président en vue des élections.
Isolement ou consolidation ?
Cette recomposition du paysage politique interroge sur la stratégie de Félix Tshisekedi. En se « délestant » de figures majeures, cherche-t-il à éliminer toute concurrence interne et à asseoir son autorité de manière incontestée? Ou bien cette stratégie de recentrage risque-t-elle de l'isoler, de le couper de bases électorales importantes à l'approche de 2028?
Certains analystes suggèrent que le président Tshisekedi pourrait chercher à modifier la Constitution pour briguer un troisième mandat, une idée qui soulève déjà de vives controverses. D'autres voix, notamment au sein de l'opposition, s'inquiètent de la possibilité que les élections de 2028 n'aient pas lieu ou qu'elles soient organisées sans tenir compte des territoires de l'Est toujours sous tension, ce qui pourrait légitimer une « balkanisation » du pays. Le débat sur un éventuel « dauphin » prend également de l'ampleur, avec des spéculations autour de personnalités comme le fils du président, Antony Tshisekedi.
Alors que la RDC se prépare pour un cycle électoral crucial en 2028, la question demeure : cette consolidation du pouvoir autour du seul Félix Tshisekedi est-elle un gage de stabilité ou le prélude à de nouvelles turbulences politiques?
Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste
